mardi 31 mars 2009

plaisir

Mon riz de midi vient de brûler dans la casserole. Je rate à peu près systématiquement tout ce que je prépare à manger. J'ai le secret espoir qu'un jour, par maladresse, par distraction, j'inventerai un plat révolutionnaire et délicieux, un classique. C'est ainsi que la tarte tatin a été inventée après tout. 
La semaine commence bien : projet d'achat d'un manoir en Alsace (je viens de vider mon porte-monnaie sur mon bureau et je me rends compte que l'argent risque d'être un problème), je me suis inscrit à un cours de yoga, un nouveau trailer trash est arrivé et la couverture du premier livre (un Barbey d'Aureivilly qui était introuvable) de Rue Fromentin est visible ici. Elle est magnifique. Quand la plupart d'éditeurs ne se préoccupent pas de la couverture (sans parler du papier ; on dirait des épreuves reliées, ça donne une bonne image de la conception de la littérature de ces gens-là, c'est à dire du peu de sensualité qu'ils accordent à l'art) de leurs livres, voilà une maison d'édition (vous serez tenus au courant de la sortie de ce premier livre, ça ne devrait pas tarder) qui nous donne un beau livre. Quel plaisir.
Et Harold & Maude (Hal Hashby - dont je rêve de voir 8 million ways to die, avec Jeff Bridges, scénario d'Oliver Stone) ressort au Champo (et au McMahon) à partir du 8 avril. Joie (j'avais oublié "If you want to sing out, sing out" de Cat Stevens ; ce film est une influence majeure pour Wes Anderson, Hashby lui-même pourrait être un personnage d'un de ses films). Le roman de Colin Higgins (originel) est génial. Ce film est la preuve qu'une adaptation ciné n'est pas forcément un échec et/ou une trahison atroce.
Tiens sinon c'est étonnant. On est passé d'une indifférence, d'un mépris, d'une détestation des films de série B ou des grandes comédies américaines à un amour inconditionnel de tout ce qui y ressemble. Bon, ça ne va pas du tout. On ne peut pas mettre au même niveau Knocking Up et DodgeBall, Alan Moore et Zack Snyder (le nombre de critiques positives pour Watchmen est hallucinant)... Rien ne change, les nazes règnent. Il n'y a pas si longtemps un certains nombres d'artistes (Tarantino, John Hughes, Clint Eastwood...) étaient attaqués. Je ne l'oublie pas. J'ai les noms. Aujourd'hui on applaudit des imitateurs malhabiles. Dans le même genre, il y a quelques mois, un idiot a éclaté de rire à la fin de Blow Out (je ne m'énerve jamais mais là je n'ai pas pu m'empêcher de l'exécuter). La crise se manifeste aussi comme ça (au fait, c'est bizarre je croyais que l'on était déjà en crise, c'est donc une crise dans la crise ? ou bien une faillite de la crise ?).


Martin Page

mercredi 25 mars 2009

un film raté réussi

Hier soir je suis allé voir La Ville Fantôme (Ghost Town) de David Koepp. C'était dans une salle que j'adore, le Publicis sur les Champs-Elysées. Il y a rarement du monde, les fauteuils sont en cuir, c'est grand. Et puis, le quartier est désert.
Je suis partagé à l'égard de David Koepp. 
On ne sait jamais si ce sont les metteurs en scène qui lissent et transforment (et subliment) les scénarios ou si le scénario était déjà génial (parfois gâché par le metteur en scène, ce que disait Tarantino à propos de Hero/Héros Malgré Lui, scénario de David Webb Peoples massacré par Stephen Frears). Je crois que Koepp est tombé sur de grands metteurs en scène qui ont su se réapproprier ses histoires et en corriger les défauts. Raison pour laquelle aucun de ses films en tant que metteur en scène-scénariste n'est fabuleux. Il a écrit quelques chefs d'oeuvre (dont Snake Eyes et The Journal). Le reste est nettement au dessus de la mêlée, certes, mais il manque quelque chose (c'est peut-être injuste, car après tout je ne connais pas les scripts d'origine). Heureusement de Palma, Spielberg (sauf pour le dernier Indy), Fincher étaient à la barre et en ont fait des films magnifiques. Je viens de lire qu'il a écrit une nouvelle adaptation des Pirates du Métro/Taking of Pelham One Two Three (problème c'est Tony Scott qui met en scène, et à part Spy Game, Crimson Tide et True Romance, ce garçon est une catastrophe). Je suis curieux de voir ça.
Voilà j'aime son travail tout en étant souvent un peu déçu. Je n'ai pas vu son film avec Johnny Depp d'après King. Je garde un bon souvenir d'Hypnose (Stir of Echoes, d'après Matheson), l'histoire d'un homme (Kevin Bacon) hanté par une jeune fille assassinée qui ne pourra trouver le repos que lorsqu'on lui aura rendu justice. Les fantômes, la disparition, faire ce qui est juste (surtout pour les morts), sont des thèmes qui me touchent. J'aime son univers.
Avec Ghost Town, Koepp raconte une histoire cousine, apparemment comique. 
Le sujet : après avoir été déclaré mort quelques minutes pendant une banale opération, un dentiste caractériel (joué par Ricky Gervais) devient capable de voir les fantômes, et de leur parler. Un des fantômes rencontrés (le super Greg Kinnear) lui demande d'empêcher le remariage de sa femme (Téa Leoni) avec un autre homme. Evidemment notre héros finira par tomber amoureux de la belle et par conquérir son coeur (après être mort une deuxième fois).
Qu'un homme si brillant que Koepp, et déjà assez âgé, fasse un film si mièvre je trouve cela infiniment touchant.
Ce film m'a fait pensé à The Ghost and Mrs. Muir et à la Rose Pourpre du Caire. Il est nettement moins réussi que ces deux classiques (deux de mes films préférés) et néanmoins plus intéressant, plus profond (les ennuis commencent). Parfois des chefs d'oeuvres sont dépassés par des oeuvres mineures ou même carrément mauvaises (ma position est intenable je le sais). 
Dans G&MrsM, l'amour ne devient possible qu'à la mort de Mrs. Muir. Il n'y a pas d'incarnation. Dans la RPdC, l'amour prend la forme d'une relation triangulaire entre Celia, Tom (personnage de fiction, trop parfait pour être vrai) et Gil (trop nul, mais réel) (Gil est un peu Oncle Neddy, Tom le Captain Gregg). Contrairement à Mrs. Muir, Celia fait le choix de l'imparfaite réalité (Gil), mais la réalité la quitte. A la fin, elle se retrouve non pas avec son amoureux fantôme, mais avec la fiction même. Deux films sur l'impossibilité de l'amour. Ghost Town, tout mauvais qu'il soit, propose une autre voie. 
Le personnage principal est un fantôme (c'est une des trouvailles du film) de chair et de sang. Il n'a pas de vie, évite tout le monde, l'amitié, les amours. Un premier arrêt cardiaque lui permet d'entrer en contact avec le monde des fantômes. Avec le deuxième arrêt cardiaque il s'incarne enfin. L'amour passe par la mort (réelle dans le film, mais symbolique dans l'esprit de Koepp ; cela me rappelle ce passage de Caio Fernando Abreu "(L'amour) est une sorte de mort, mort de la solitude, mort de l'ego barricadé, indivisible, furieusement et égoïstemment incommunicable"). Je trouve cette idée (mourir et ressusciter pour arriver à aimer) très forte.
Ce film est si mauvais que j'ai été sur le point de quitter la salle plusieurs fois. A chaque fois j'ai été retenu par des choses magnifiques. (navré mon texte est très désordonné, passe vraiment du coq à l'âne, mais je viens de recevoir les épreuves de Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons, alors...). De très belles choses sur les disparus, sur la culpabilité des vivants...
C'est un film raté (parfois de bons gags et idées, mais souvent des gags nuls et vulgaires dont on se doute cinq minutes avant, et puis il n'est plus possible de filmer New York en accéléré pour que les phares des voitures fassent de jolies traînées) pour de bonnes raisons. Koepp s'est laissé dépassé par la complexité de ses idées et de l'émotion qu'elles produisent. Il ne pouvait pas faire autrement. Personne n'en aurait été capable (ok j'exagère mais j'aime ce film, je suis armé de ma mauvaise foi). L'échec du film est sa réussite. Sans cela, sans ce côté brouillon attendrissant et énervant on ne pleurerait pas à la fin (et ça ne m'arrive jamais normalement).
L'amour est possible si on meurt deux fois (tiens ça pourrait faire un titre de James Bond) et si on est prêt à écouter les fantômes et à leur rendre justice. Koepp a très bien saisi le jeu amoureux des deux personnages (Ricky Gervais et Téa Leoni) et les efforts que chacun déploie pour effrayer l'autre (maladresses, blagues atroces, gros chien effrayant et puant) par peur de l'amour qui arrive. Cette capacité à donner des raisons à l'autre de se méfier est le signe de la sincérité de nos deux tourtereaux, de leur manque d'assurance de coeurs blessés. Le point culminant est la Faute Grave du personnage de Ricky Gervais qui va permettre à Téa Leoni d'interrompre l'histoire qui était en train de naître. L'excuse est parfaite pour retourner à sa vie morne et à son nouveau compagnon avocat merveilleux (c'est un peu invraisemblable qu'elle finisse par préférer Ricky d'ailleurs).
Ricky Gervais ne peut pas vraiment mourir (les deux morts sont temporaires), car il n'est pas vraiment vivant. C'est un être pas tout à fait vivant mais pas mort non plus qui n'a sa place nulle part. A la fin, il fait le choix de la vie (quand Mrs. Muir fait le choix de la mort ; quand Celia -dans la RPdC -fait le choix d'être une spectatrice). Mince c'est un film romantique. Ce film n'est pas aussi raté que ça, je crois que c'est surtout de la maladresse. Koepp a fait un film maladroit, comme l'on peut-être un amoureux maladroit. La gémellité entre l'amour maladroit du héros du film et le film maladroit de Koepp est troublante. Ils font les mêmes erreurs. Tiens, tiens.
Au final, Koepp a inventé des personnages, une histoire, une configuration, une solution. Ghost Town est la résolution du problème posé par Muir et la RPdC. Et ça c'est génial. Il faudra cent ans pour comprendre ce film (je l'effleure à peine). 
Mardi en fin d'après-midi, j'ai assisté à une lecture à la Comédie-Française. A part deux-trois textes, cela n'était pas ma tasse de thé. Le théâtre est une bonne préparation au sommeil. Dommage.
Je viens de lire un article intitulé "Investissez dans un zébu". Je me pose la question (d'autant plus que je suis en train de quitter ma banque -ce n'est pas simple je vais en parler à ma psy- pour une banque solidaire où je viens d'ouvrir un compte). Je suis d'accord avec le commentaire de Bathazar sur Truffaut. Un peu autre chose : J'ai revu la fin du remake américain de A Bout de Souffle par Jim Mc Bride et je la préfère (elle est parfaite, la musique de Philip Glass, celle de Jerry Lee Lewis, leur enchevêtrement) à celle de Godard que je trouve dure. D'accord "dure" n'est pas un critère cinématographique, et bien c'est comme ça. Je n'aime pas. Alors que rien n'est plus beau que ça :







Martin Page

dimanche 22 mars 2009

samedi soir

Samedi soir chez Nessim avec Balthazar. Nous avons parlé filles et travail. C'est agréable de se retrouver en petit comité. Nous avons bu du Coca Zero, du jus de goyave, mangé de la compote et des galettes de riz soufflé. Décidément nous ne sommes pas cools. Nous avons commencé par écouter du jazz, puis Otis Redding, Pulp, pour finir par Burt Bacharach (nous étions dans un état d'esprit romantique). Balthazar va poster son top Pulp et je termine le mien. Nous sommes d'accord : His 'n' Hers est le seul album qui ne nous emballe pas tout à fait. Nes nous a montré un livre pour expliquer la bd aux enfants. Nous avons discuté d'un projet dont le nom de code est "Quand Harry ne rencontre pas Sally". Et nous avons parlé amour, donc. Il y a quelque chose du vieux couple dans l'amitié quand elle vieillit bien. Une tranquillité. Cela se passe ainsi avec certaines personnes et cela me plaît. Une pensée pour les absents et surtout pour notre agent à Epinay sur Orge qui vit une période difficile. J'avais fait quelques courses avant d'aller chez Nessim, et le dj de Monoprix de Strasbourg Saint-Denis avait eu la bonne idée de passer la bande originale de Jackie Brown, un de mes films préférés. Un peu mon état d'esprit du moment.
De belles choses dans le nouveau Décapage. Mince : j'ai oublié d'assister à la rencontre organisée par Les Filles du Loir avec Valérie Zenatti vendredi soir. 
Je suis en train de lire Doppler de Erlend Loe, un écrivain norvégien. Je crois que je vais bien aimer. Alors que je cherchais un livre dans une librairie je tombe sur Régis de Sa Moreira. Nous avons participé à une rencontre ensemble il y a peu. C'est rassurant de découvrir des collègues de bonne compagnie, avec qui je m'entends. Il part à Monaco quelques jours pour un prix et il rentre à New York.
En arrivant à l'atelier ce matin, la Seine et Notre-Dame étaient enveloppés par le brouillard. C'était magnifique. Fantômes, romans gothiques, Bretagne, je me retrouve en terrain familier et apaisant.
J'ai mis la main sur un vieux carnet (26 juillet 2003) dans lequel j'ai noté des choses que j'aimais : les cerfs-volants, la neige (le qui dat nivem de Couperin qui rappelle la chute des flocons, L'étrenne ou la neige sexangulaire de Kepler), la pluie, la chronophotographie de Etienne-Jules Marey. Je n'ai pas changé. 


Martin Page

vendredi 20 mars 2009

journal de l'aphonie

Classique : je vais à la campagne pour me reposer et je tombe malade. De brefs retours à Paris pour le salon du livre, dimanche et lundi. Dimanche ça allait à peu près, mais le lendemain, je suis devenu aphone. Heureusement, je me trouvais à côté d'Hélèna V. sur le gigantesque stand de l'Ecole des Loisirs, alors ce fut très drôle. Durant ces jours sans paroles, il fallait que je communique. J'ai donc passé mon temps à écrire des mots, des bouts de phrases sur des feuilles de papier que je tendais ensuite devant moi. J'ai rassemblé mes notes, cela donne ça :

Journal de l'aphonie

mais oui ça a du sens / le générique est bien / les emails c'est pas bien parfois, il faut être dans le réel / un peu plus que moi / c'est juste une habitude / depuis mon départ non / tout luxe mais en vert / il y a l'année / on sait pas / cinéma / teeth / c'est compliqué à dire / me protéger / campagne / rien n'est grave / je pensais que c'était en hommage à Lénine (en fait, non) / un bouton allergique / ma cousine commence son stage orl / j'ai plein / trop dangereux / on arrête pas de s'amuser / il y avait des lézards séchés et des têtes de mort / mais moi je ne rencontre pas les gens / c'est très fort / fiable je sais pas / j'ai presque acheté ce matin un flugelhorn / ils sont à l'école / quoi ? / tirer au revolver / journée pro / ça dépend du niveau de lecture / cela me gêne pas / le titre est long / c'est un auteur / tu es un peu ma traductrice / il a l'air / pas trop de rapports / j'aime bien "héros timide" / pas de vie / et elle connait tes livres ! / bonjour / non / oui / merci ! / bye / enchanté / c'est très bien / il y a une semaine / j'ai commencé à me moucher / rhume / on est proche / c'est psychologique / si je le fais pas, fais le / je ne savais pas que vous écriviez pour les enfants / il faudrait un t-shirt / drogue / avril / glauque ! / belle couverture / je dois acheter le costume / merci je peux vous envoyer une version un peu corrigée ? / je vais acheter à manger / jogging / j'aime pas / c'était super / j'aimerais être plus fou dans mes vêtements / pour les hommes c'est plus compliqué de s'habiller / homeovox / je vais au salon du livre / c'est drôle / on est pas cool / ce livre a une jolie histoire / trois questions : avez-vous du papier pour écrire ? avez-vous à boire ? avez-vous du chocolat ? / une prochaine fois / vous savez pour les villes ? / moi ils ne voudront jamais / tu sais où trouver ? / je peux entendre je suis aphone / c'est une secte / j'ai envie d'un gâteau choco / c'est même une discipline de voir ses amis / tu aimes ? / peut-on donner un livre à un camarade de l'école des loisirs ? / peintre et écrivain / assez marteau / ces gens ont l'air riche / fenêtre / je recommence demain / bientôt fête / oui mais c'est difficile / en même temps ça aide à ne plus être déprimé / cela m'arrive dès que la température change / je ne suis pas calme en fait / bonjour je suis aphone aujourd'hui je suis un ami de Lili une élève de votre cours de yoga / j'ai arrêté tout ça / c'est bien quand même / ça marche vraiment / quel est votre avenir géographique ? / j'ai un conseil pour toi / je viens d'envoyer un texto sans texte / je vais aller voir la ville fantôme / la scène avec les flics / vingt minutes de trop / Buster Keaton / très à l'eau de rose / il faut laisser reposer la voix / depuis que j'ai envoyé un texto à Nes pour lui dire que je suis aphone, il me téléphone / soirée dvd chez Marie / j'étais au salon / donc j'ai passé mon temps à écrire / truc de fille / ils ont bu des verres / il lui a offert des fleurs / ils sont allé chez elle, mais c'est mort / on sait pas encore quel dvd / république ? / initier projets / c'est compliqué / la moitié viendra / tu vas bien ? / de toute façon pff / si tu sens l'oignon / cauchemars / la campagne c'est bien / je boude / moi je dis / voilà une femme en dehors des clichés / c'est quoi comme film ? / oui pour les filles / chez quelqu'un que tu ne connais pas / je réserve ma voix pour le docteur / pas le jeu / laryngite / tu es drôle / je vais prévenir / on pourrait faire l'expo sur les gens / c'est une super idée / on pourra inviter amis / je veux dire c'est dans une petite rubrique / psychopathe / plein de belles choses mais trop sombre pour moi / on peut marcher / je préfère le pessimisme joyeux / signale-le / c'était effrayant / ils auraient pu mettre une affiche / j'ai l'impression d'être une otarie / discute avec nous / bravo musique / là elle est au Mozambique / j'ai livre entretiens avec lui / je vais lire / pas d'âme / Gerry c'est bien / il est malheureux en amour ? / pas un vrai fantôme / c'est son copain qui l'a produit / on est camarades d'aventures express culturelles / j'aime bien Eva Joly / il était pas marié Keats / la planète ? / Pulp premiers albums / pas vrai / je dois vérifier / il passe cette semaine au Publicis / pas le chinois / je dis ce film est plus subtil que ça / avalanche / le pire c'est Philip / moi j'ai aimé ce film je suis contre votre interprétation politique / trop compliqué de discuter à l'écrit / je parle demain / plus que ça / il le fait / oui mais c'est génial quand même / Ragtime / ça peut pas être son fils / il a changé de nom / et la planète, la finance, le pg il dit quoi ? / pourquoi le gazon a deux couleurs ?


Je sors peu à peu de l'aphonie. Je remercie le miel, la propolis, l'acérola, le biocalyptol, la tisane de thym, le baozhong et l'homéovox.
Je suis en train de lire la biographie de Winnicott, par Adam Philips (éditions de l'Olivier). J'aime beaucoup beaucoup beaucoup. J'ai souligné quantité de passages et de phrases. Dont ça :
"Nous entendons souvent parler des frustrations très réelles imposées par la réalité externe, mais bien moins souvent du soulagement et de la satisfaction qu'elle apporte. (...) La réalité extérieure, elle, a des freins et peut-être étudiée et connue et, en fait, l'extrême dans le fantasme n'est tolérable que lorsque la réalité objective est bien évaluée. Le subjectif a une valeur immense, mais est si alarmant et magique qu'on ne peut en jouir que s'il est parallèle à l'objectif".


Martin Page

vendredi 13 mars 2009

le corps d'un écrivain

Hier, je suis allé voir The Wrestler le film que Darren Aronofsky a consacré à la vie d'Edgar Allan Poe. Je n'ai pas adoré. 
Comme je suis un fan de Poe j'aime forcément un peu tout ce qui parle de lui, alors ce n'était pas entièrement négatif. Mais j'ai largement préféré le film de Stallone sur le même sujet, Rocky Balboa. L'intrigue est la même, on se demande pourquoi Aronofsky a décidé de suivre la même route. La réponse réside dans le choix du comédien principal : Mickey Rourke. Là où Stallone se permettait d'incarner un Poe très différent de la réalité, Mickey Rourke ressemble trait pour trait à l'écrivain américain. Le spectateur a l'impression de voir s'animer le célèbre daguerréotype de 1849. C'est très troublant.
The Wrestler suit les principaux épisodes de la fin de la vie de Poe, on retrouve une Amérique, de misère et d'espoir, de combats quotidiens, de supérettes. Mickey Rourke joue parfaitement les principaux traits de caractère de Poe, son goût pour la gloire, son penchant pour l'alcool (qui fera fuir la femme qui l'aimait), sa maladresse autodestructrice. Cette interprétation est la réussite du film. 
Si Rocky Balboa est plus fidèle à la biographie intime de Poe, The Wrestler est, quant à lui, un film sur la condition d'un écrivain perpétuellement en lutte. Surtout, c'est une oeuvre sur le corps des écrivains, les blessures, les coups continuels, les douleurs, la maladie, les os qui craquent, le coeur qui lâche, les dopants. Et malgré tout, la nécessité de reprendre le combat. Le corps d'un écrivain aurait pu être le titre de ce film. Je n'avais jamais vu cela au cinéma. On découvre des moments de fraternité entre des écrivains prématurément usés et abîmés, mais fiers et prêts à continuer, le sourire aux lèvres. Je n'aime pas vraiment ce film comme film (je préfère Rocky Balboa), mais je l'aime pour cette réalité révélée avec justesse et sensibilité. On parle enfin du corps des artistes, il était temps. Un artiste travaille avec son corps. Pour cette raison, ce film restera.
Ce matin, un Gao Shan Cha 8 et un Beauté Académique (j'ai goûté le Beauté Académique 2 : excellent, mais deux fois plus cher que le 1). Hier, gong fu cha à la Maison des Trois Thés : un Da Hong Pao 5 (de 1995 je crois), extra. 
J'ai pris un café avec Thierry Illouz hier au café des Deux Palais, devant le Palais de Justice (Thierry est écrivain et avocat pénaliste). Nous avons parlé des émotions qui parfois nous terrassent et des sentiments. Nous étions étonnés par ces choses-là, à la fois tous les tremblements de terre que nous portons en nous, et en même temps, alors que le monde s'écroule, notre incroyable capacité de résistance et de joie. C'est une époque à sentiments, je suis un peu perdu, mais ce n'est pas bien grave en fait, de belles choses dernièrement, et puis je suis heureux.
Déjà des échos (positifs, enthousiastes) à propos de Collection irraisonnée de préfaces à des livres fétiches. Un article dans Livres Hebdo. Le livre sort le 17 mars. Mardi soir, première et petite soirée -il s'agissait de montrer enfin le livre- avec les auteurs. Cela s'est passé au siège des éditions Intervalles, boulevard Haussmann. Il y a eu des macarons, des infusions de tamarin (un petit animal amazonien qui mange des fourmis je crois), des débats sur les effets hallucinogènes du maté (je suis sceptique), du Champagne (mélangé par certains avec du Jus de Pamplemousse), un gâteau au chocolat dépecé, des sacs indien en tissu orange d'une boutique d'import-export du passage Brady, des enveloppes avec des chèques, l'ensevelissement d'une photocopieuse sous les manteaux, des recensions de discussion avec l'ascenseur polyglotte, des menaces de création de page facebook, l'espionnage (à la manière Fenêtre sur Cour) de l'appartement de Jérôme Kerviel actuellement occupé par son frère et sa femme (nous avons assisté à l'épluchage de carottes et à la sortie de la vaisselle propre du lave-vaisselle), des exercices sportifs dans les escaliers, une boutique d'armes à feu et une boutique de tutus, la création d'un groupe de musique (Electric Sheep).
Grosso modo ça ressemblait à un film de Wes Anderson. 
Surtout il y a eu des rencontres, le monde (en tout cas, la portion où nous vivons) a gagné en chaleur, un peu, sans que les glaces fondent. Alors c'est plutôt chouette. Des gens qui ne se connaissaient pas se sont découverts, et bon ça fait du bien. C'était simple et chaleureux. J'ai créé une page facebook (et après, sur les conseils de Mark Molk, une page événement sur ce même facebook) pour annoncer la sortie du livre. Je suis contre se servir de son carnet d'adresses (plein de gens que je ne connais pas, après tout c'est facebook) pour prévenir de la sortie d'un livre. Ce genre d'autopublicité me pose problème (ce en quoi j'ai sans doute tort, mais c'est ainsi). Je m'y suis résolu parce que ce livre n'est pas le mien. C'est le livre de 44 auteurs et j'agis en tant que co-directeur d'ouvrage. Alors ça va. Mais bon je n'aime pas trop ça quand même.
Hier, avec Jakuta nous avons vécu des aventures extraordinaires (armes, têtes de mort, poupées vaudou, lézards séchés, paquets de Craven, Golems volants). Ce soir, j'ai repris un livre de Jean-Pierre Vernant. Ce matin, Bach (depuis quelques jours, j'écoutais Woody Guthrie) et Schubert. Virginie Terrasse qui travaille à l'atelier Myop (une super photographe qui a mille histoires à raconter) m'a parlé de l'Albanie il y a quelques temps. Je ne sais pas pourquoi j'y pense. Tous les matins, dans la ville où elle a fait ce reportage, sur le chemin du lycée, les garçons offrent une rose à une fille. C'est mignon (je suis dans un état d'esprit romantique).
Dimanche (pour l'Olivier) et lundi (pour l'Ecole des Loisirs), je vais au salon du livre et je suis déjà effrayé par le monde, les rencontres et tout ça. Il faudrait que j'y aille avec une armure.


Martin Page

mercredi 11 mars 2009

tentative de socialisation

C'est une idée comme ça. Je me suis dis, je vais dresser la liste de mes chansons préférées des Kinks. Il n'y a pas de classement dans ce top 10, sauf pour les vingt premières disons que j'aime beaucoup beaucoup.

1. Sitting in the Midday Sun
2. Get back in Line
3. Ring the Bell
4. Some Mother's Son
5. Rosey Won't You Please Come home
6. Nothin' in the World Can Stop Worryin' 'Bout that Girl
7. Introduction to Solution
8. You Make it All Worthwhile
9. When a Solution Comes
10. Alcohol
11. Sitting in my Hotel
12. Celluloid Heroes
13. Days
14. Strangers
15. This Time Tomorrow
16. Brainwashed
17. Two Sisters
18. The Moneygoround
19. A Long Way from Home
20. Village Green
21. Well Respected Man
22. Moments
23. Animal Farm
24. Dedicaced Follower of Fashion
25. Harry Rag
26. Young and Innocent Days
27. Death of a Clown
28. Funny Face
29. Starstruck
30. God's Children
31. Where Have All the Good Times Gone (la reprise par Supergrass est géniale)
32. Phenomenal Cat
33. Holiday
34. Yes Sir, No Sir
35. Scum of the Earth
36. She's Bought a Hat Like Princess Marina
37. Big Sky
38. Denmark Street
39. Shangri-La
40. Got to Be Free
41. Tin Soldier Man
42. Love Me Till The Shines
43. God's Children
44. Lola
45. Victoria
46. Muswell Hillbilly
47. Where Are They Now ?
48. Cricket
49. David Watts
50. Apeman
51. Drivin'
52. Nothing To Say
53. I'm Not Like Everybody Else
54. The Village Green Preservation Society
55. Do You Remember Walter
56. Picture Book
57. Johnny Thunder
58. Mr Songbird
59. Sunny Afternoon
60. Where Did My Spring Go ?
61. Oh Where Oh Where Is Love ?
62. Dead End Street

Samedi, j'ai été invité à une pendaison de crémailière. C'était très sympa (même s'il y avait bien un quart de gens inutiles -ceux-ci n'en avaient pas conscience du tout, c'était très bizarre un tel manque de lucidité). En général je reste au maximum trente minutes dans les soirées, là je suis parti au bout de quatre heures. J'ai même dansé (j'ai inventé des danses de maladies, la grippe, l'oedème de Quincke, l'allergie aux acariens), ce qui est fou quand on me connaît (ensuite j'ai essayé de lancer la mode des danses d'événements historiques -Austerliz, suggestion de M'hamed-, la prise de la Bastille, mais ça a moins marché).
Je crois qu'après deux ans et demi sans alcool, l'abstinence me rend ivre.
J'ai passé la plupart du temps dans la cuisine pour la contre-soirée, et c'était chouette de discuter. Le thon au citron et au gingembre était très bon. Ainsi que le gâteau au chocolat (à peine trop salé). C'était super.
Par contre quand le maître de musique (jusque là plutôt inspiré) a passé New Order, ça n'allait plus du tout. Dieu sait si je suis tolérant en matière musicale, mais les groupes de robots politiquement tendancieux je ne peux pas (sauf dans Flight of the Conchords, cf. Human are Dead). Ensuite, il y a eu Death in Vegas. Je n'ai rien contre la musique moderne, froide, dénouée d'émotion et de mélancolie, sans âme, mais cela ne me semble pas approprié de passer ça dans une soirée (cela a toute sa place dans une usine de fabrication automatisée de boîtes de conserves). Heureusement nous avons échappé à Depeche Mode (j'aurais aimé un peu de The Cure, Divine Comedy, Mavis Staples ou pourquoi pas du jazz). Alors j'ai démissionné de la soirée (et il commençait à être tard). Ma cousine m'a dit qu'ils ont passé Pulp (chouette!) plus tard et que tout le monde a pleuré.
Aujourd'hui j'ai bu un Huang Jin Gui 2 et un Ling Tou Mi Lan Xiang (Maison des Trois Thés). J'ai oublié d'acheter le Beauté Académique. La prochaine fois.


Martin Page

mercredi 4 mars 2009

les livres pour enfants

Jeudi dernier, j'ai reçu quelques amis-collègues à l'atelier. Quand on ne fréquente pas les fêtes et les soirées, il faut organiser soi-même les rencontres et je dois être le plus mauvais organisateur de quoi que ce soit. Mais cela s'est fait. C'était très agréable de se retrouver. C'était doux.
Mes deux livres pour enfants sont arrivés. J'ai fait le service de presse avec Héléna Villovitch (dont l'original et charmant A la fraise sort ces temps-ci). Je suis tout ému quand je reçois mes livres. C'est une des raisons de pratiquer un art : la naissance physique de quelque chose.
On me demande souvent comment je fais pour écrire des livres pour les enfants. Sous-entendu : alors que je ne suis pas un enfant. Comme si l'enfance et l'âge adulte étaient deux nationalités différentes. On ne me demande jamais comment je fais pour écrire des livres pour les adultes. Comme si on était forcément en adéquation avec son groupe d'âge. Les adultes ne sont pas moins des étrangers que les enfants. Je pense même qu'ils me sont encore plus étrangers, car nous nous ressemblons. Je ne crois pas trop aux livres pour enfants qui s'adressent aux enfants comme à des enfants, comme je ne crois pas trop aux livres pour adultes qui s'adressent aux adultes comme à des adultes. S'il y a des différences entre mes livres pour adultes et pour enfants, cela ne tient pas aux thèmes, à mon engagement, à l'intimité impliquée. C'est plus une question de format. Mes livres pour enfants sont plus courts, le héros est un enfant, la fantaisie est plus apparente, les motifs sont attachés à l'enfance. J'ai eu l'idée de Conversation avec un gâteau au chocolat, pas parce que cela me paraissait être un livre qui pourrait plaire aux enfants. Mais parce que l'idée me plaisait, elle résonnait en moi, elle m'inspirait. Même chose pour Je suis un tremblement de terre
On m'a fait remarquer que j'employais des mots un peu compliqués pour les enfants. C'est vrai, je ne fais pas d'efforts pour simplifier mon vocabulaire. Toutefois cela n'empêche pas la compréhension générale. Je n'ai pas théorisé ce parti-pris. Cela me semble normal de m'adresser à eux normalement. Si les enfants ne comprennent pas un mot, quelques mots, ce n'est pas bien grave, ce sera une rencontre avec de l'inconnu, ils en comprendront le sens intuitivement, ils se familiariseront. Et puis il y a des dictionnaires. Deux choses que je déteste dans les livres pour enfants : la profusion de points d'exclamation et l'absence de style, cette écriture minimaliste bêtifiante et condescendante.  
Je me suis réveillé ce matin. Le vent soufflait dans les ruelles derrière mon immeuble et faisait houhouhouuuu. Un peu effrayant.
J'ai fini d'écrire Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons vendredi. Geneviève Brisac, mon éditrice à l'Ecole des Loisirs, m'a répondu, et tout va bien. Il y a toujours cette peur d'écrire des choses trop bizarres qui n'ont de sens que pour moi. Et puis c'est mon premier Medium (la collection pour les plus de douze ans à l'Ecole des Loisirs), j'étais un peu inquiet. 
Je sais que certains adultes ne lisent pas de livres pour enfants (les idiots), alors qu'il y a des merveilles. Je pourrais en citer cent. Mais commençons par : Mon Coeur Bouleversé de Christophe Honoré et L'invention de la chaise de Catherine Valckx (deux auteurs que je ne connais pas personnellement, comme cela vous pouvez être sûr de mon objectivité).
Lundi soir, je suis allé voir His Girl Friday de Hawks (1940, je pensais que c'était plus ancien) à l'Action Christine avec une amie. C'est un de mes Hawks préférés. C'est une comédie paraît-il. Et certes le film est très drôle, mais on y parle de la peine de mort, de la presse, d'Hitler, de la crise, de la peine de mort, une femme se suicide. Il y a peu de films aussi complets. Quand la gravité apparaît, il est aisé de ne pas la remarquer, elle est tissée dans la légèreté de la comédie. 
En sortant, mon amie s'est dirigée vers le nord et moi vers le sud. Je ne sais pas pourquoi j'avais envie de m'acheter une cravate en tweed. Je suis donc passé chez Hollington. Il y avait plusieurs modèles. J'ai choisi du tweed rouge sombre avec quelques lignes bleues. Cela fait très Cambridge Five. 
Il y a quelques jours, j'ai entendu parler de cette exposition de cadavres écorchés et découpés (conservés par "imprégnation polymérique"), Our Body. Cela a lieu à Paris ces temps-ci. Le Musée de l'Homme a refusé de l'accueillir. Le docteur-inventeur est Allemand et ses collaborateurs Français (tiens, c'est étonnant, je ne suis pas surpris). Le passé ne passe pas. Ce commerce de dépouilles humaines provoque une polémique, alors que cela devrait créer un scandale gigantesque. Une pétition circule. Cela me fait penser aux Expositions Coloniales (et à bien d'autres choses). Ce n'est pas anodin. Cela dit des choses sur notre monde, son passé, et l'avenir qui se prépare.
Ce matin j'avais envie d'un Beauté Académique 1 de la Maison des Trois Thés, mais drame, je n'en ai plus. J'en achèterai dimanche (je vais essayer le Beauté Académique 2 et le Si Ji Chun 2 je pense, entre autres).


Martin Page

samedi 21 février 2009

une couverture que l'on ne verra pas


Parfois on fait des propositions, et parfois elles sont refusées. Parfois pour de bonnes raisons. Disons des raisons compréhensibles. Aude avait fait cette couverture pour Conversation avec un gâteau au chocolat (qu'elle a illustré, en couleurs ; elle est très très douée). Mais, à l'Ecole des Loisirs, ils trouvaient ça pas assez lisible, pas assez évident pour des enfants (le livre est censé être pour les six-sept-huit-neuf-dix ans, des petits, c'est la collection Mouche, bien sûr les catégories d'âge sont arbitraires et dépendent de L'Ecole des Loisirs -de mon point de vue, le livre s'adresse à tout le monde). Je comprends. Mais je voulais quand même montrer cette couverture.
Aujourd'hui un Si Ji Chun (sympa, sans plus), puis un Hung Shui Oolong de Ding Dong (je lis : oxydation un peu plus forte que pour les Oolongs de haute montagne et 3 longues torréfactions à basse température en l'espace de 2 semaines). Un thé à sentir et à boire (chaleureux, gourmand, super). J'arrête les pu-er (par deux fois j'ai eu une petite réaction allergique ; en raison de l'âge de ces thés, des micro-champignons se développent). Il y a déjà bien assez à faire avec les oolongs (des baozhongs jusqu'aux très torréfiés, multitude de terroirs). Et puis, il me restera à découvrir les thés japonais.
J'ai vu Gran Torino et ça m'a bouleversé. J'ai aussi relu des passages du premier roman de Jakuta, et aussi Adam Philips (il faudrait faire quelque chose, ses titres sont toujours horriblement traduits/trahis en français). Benoît a lu la première séquence de notre bd. Nous commençons vraiment à nous lancer. C'est excitant. Le comic-strip (trois-quatre cases dans le style Peanuts dont nous sommes fans) avec Clément (cliquez pour son site avec ses propres créations), lui, continue à évoluer : ces jours-ci essais de couleurs (je trouve ça très bien). Je publierai peut-être quelques planches sur le blog (en fait, on est en train de faire des démarches pour être publié dans un journal, sur internet sans doute).
Je me pose la question d'aller chez le coiffeur. J'avais un coiffeur, mais il est tombé très gravement malade (je n'en sais pas plus), depuis je traîne les pieds. Le quitter pour un autre coiffeur (bien portant) me pose des problèmes moraux. Donc j'ai revu toutes mes conceptions capillaires.
J'ai enfin appelé le plombier. Il était temps, d'après lui (il est très gentil, quand je lui ai demandé combien je lui devait, il a dit "euh normalement le prix c'est...", il n'était pas à l'aise) les joints allaient complètement céder, et alors c'était l'inondation. C'est drôle, au début il n'y avait qu'une petite fuite. Une deuxième est apparue autre part, et enfin une troisième (juste avant le truc pour couper l'arrivée d'eau, ça aurait été la catastrophe). Ne jamais traîner pour appeler le plombier (je n'aime pas la sonorité de ce mot "procrastination", mais c'est ça). Il y a une fuite à l'atelier. Il faut que l'on s'en occupe (il y a juste un joint à changer dans les toilettes).
Hier j'ai passé la journée à Carnac dans le Morbihan. Le Centre des Musées Nationaux édite un ouvrage collectif sous la direction d'Adrien Goetz consacré à cent monuments. Cent auteurs sont invités à écrire un texte. J'ai fait le choix de Carnac et ses alignements de mégalithes (j'ai parlé de monolithes à quelqu'un... 2001 l'Odyssée de l'espace s'est échappé de mon inconscient, ce n'est pas un hasard). Une jeune femme m'a guidé dans les champs de menhirs, m'expliquant les techniques d'extraction, de taille etc. Deux jeunes Chinois nous ont rejoints. Elle m'a dit qu'il n'y avait toujours pas d'explication à ces alignements. On a des hypothèses. Mais rien de certain. Cela me plaît bien (mince j'ai oublié de rendre les clés du domaine).
Je suis resté assis une bonne heure et demie dans une clairière en pleine forêt, avec d'un côté le géant du Manio (grand menhir qui ressemble à une baleine plantée en terre) et de l'autre le quadrilatère (de stèles). Il y avait du soleil, il faisait doux, pas un bruit. Le midi, déjeuner dans une brasserie (le chef cuisinier a l'air adorable, mais je crois qu'il serait plus compétent pour tailler des menhirs), dessert dans une créperie (crèpe à la crème de marrons, divine !). C'est mon père qui nous avons fait découvrir Carnac à mon frère et à moi il y a une vingtaine d'années. Cette journée avait forcément une couleur particulière.
Alors que je m'apprêtais à quitter la Bretagne, Madame Sz. (du centre de longs séjours de Coulommiers) m'a appelé. Elle a retrouvé la gourmette que mon frère et moi avions fait graver avec le nom et le prénom de notre père, ainsi que l'adresse et le numéro de téléphone de l'hôpital. Elle voulait savoir si nous souhaitions la conserver. Je ne savais pas, alors j'ai dit oui. Elle nous l'envoie. Cette femme a toujours été gentille avec nous. Des gens gentils et attentifs, nous en avons rencontré dans les hôpitaux.


Martin Page


lundi 16 février 2009

pour se réchauffer




Si j'aime Paris, j'aime davantage encore une autre ville qui s'y cache : "Paris tôt le dimanche matin". Je suis sorti de chez moi vers 8h et je savais que cette journée me plairait. J'arrive à l'atelier et je trouve un email d'Armand (le directeur des éditions Intervalles). C'est la couverture dans sa version définitive. Je la transmets aux 42 écrivains participant à l'aventure. Les réactions sont enthousiastes. Je la trouve réussie, je la trouve belle, je peux le dire je n'y suis pour rien. Ce n'était pas évident. Nous voulions qu'elle soit à la fois claire, belle et informative. C'est important les belles couvertures. J'ai quitté une de mes maisons d'édition à cause, en partie, d'une histoire de couverture.
Les 42 auteurs ont signé et renvoyé leur contrat. Tout va bien. Armand a peut-être trouvé un lieu pour la fête (que j'espère calme, très calme). Il compte organiser des soirées portes ouvertes dans les locaux des éditions Intervalles pour les auteurs. 
Thomas (Reverdy) et moi avons eu l'idée de cette aventure collective un soir de mai ou juin dernier. Nous voulions réunir des gens que nous aimions (parfois superficiellement, ce n'est pas un livre d'amis, même si certains auteurs sont des amis ; d'autres le sont devenus), dont nous aimions le travail ou la conversation, ou encore simplement la présence. Comme dit Thomas, nous ne sommes pas du sérail, alors cela nous plaisait (cela nous paraissait important) de faire ce livre avec ces auteurs un peu à la marge (je ne dis pas que tous les auteurs du livre le sont). Qu'avions-nous en tête ? J'essaye de me rappeler. Tout est parti de notre désir de faire quelque chose avec d'autres auteurs. Pour briser l'isolement. Pour lutter contre la solitude. Pour aller contre le temps qui passe et qui laisse tant de gens inconnus les uns des autres. Je parlais de temps en temps d'auteurs à Thomas, Thomas faisait de même. Alors peut-être que nous avons fait ce livre pour éviter de faire une grande fête. Oui, je crois que c'est ça : travailler est notre façon à nous de faire la fête. 
Cela peut sembler enfantin, mais nous avions besoin de chaleur et de douceur. Et puis le projet, résonnait particulièrement en nous : s'occuper de ceux qui ont disparu, ces livres dont on ne parle plus. C'était nécessaire.
Le livre est terminé, l'aventure s'est bien passée (avec quelques petits cafouillages ; certains emails se perdent, s'oublient, atterrissent dans le dossier spam, des malentendus). Et tous les auteurs semblent enchantés. Non seulement nous avons découverts des auteurs que nous ne connaissions pas, des livres oubliés (pas tous), mais des écrivains qui n'avaient pas de liens, se sont parlés, ont découvert le travail de collègues, ont sympathisé. 
Ce dimanche fut une belle journée, mon travail a avancé, et j'ai vu Morse (un film Suédois), le meilleur film contemporain vu depuis longtemps.
Ce soir : un pu-er vrac n°29 (1998) de la Maison des Trois Thés (je préfère le 28), je crois que mes lentilles sont prêtes (me préparer à manger ne me passionne pas, alors je fais au plus simple ; en dessert, des dattes, un yaourt à la vanille -une erreur), j'ai fait découvrir quelques chansons de Cartola et de Vinicius de Moraes à ma cousine. Delphine m'a demandé si je voulais qu'elle me rapporte quelque chose de New York (elle part avec son copain et son fils ; ce matin nous avons eu une grande discussion à propos de son passeport qui nous semblait peu biométrique), et je n'ai pas trouvé de choses que j'aimerais et que je ne trouverais pas à Paris. De New York, je crois que je voudrais New York, en fait.


Martin Page


mardi 27 janvier 2009

écrire partout avec tout

C'est étonnant que les choses prennent forment. Il suffit d'un peu d'agitation coordonnée, de la persévérance, et les choses se forment, elles ont des frontières, une logique interne. On a une idée, parfois à peine un soupçon pour commencer un roman. Et puis une immense terreur de ne pas savoir comment faire. Voilà le matériel. Du désir et de la terreur.
Derrière moi, le mur est couvert de feuilles remplies de notes de mon écriture alambiquée et indéchiffrable. Des livres à lire, des rendez-vous à prendre, des idées, un disque à écouter absolument. Ma table de travail est pleine de noms, de mots, de traits. Ma main gauche, le creux et le dessus, aussi. Je pense à ça. Je pense à ma tendance à écrire des choses partout, de mettre des mots là où il y a du vide, de marquer les murs, ma table, ma peau. Je ne sais pas le sens de tout cela. Ne pas faire de différence (pas tout le temps dieu merci) entre une feuille de papier et ma main. Et puis, c'est drôle, je me rends compte, ma main est un bloc-note qui n'est pas vierge. Je porte sur moi toutes les petites marques, les incisions, les écritures de mes trente-trois années. Alors est-ce qu'il y a une volonté de réécrire tout ça, d'effacer par mon écriture cette autre écriture (subie : on appelle cela l'expérience) ? Ou d'écrire avec tous ces mots qui sont déjà sur ma peau, comme si je piochais dans une palette ? Les deux sans doute. Je ne sais pas. Et ça me va bien comme ça.
Mon roman a bien avancé. Hier j'ai goûté un Zheng Shan Xiao Zhong 1 (thé fumé incroyablement complexe) et le pu er vrac n° 16 1983 (de la Maison des Trois Thés). Aujourd'hui, galette Yong De Mang Fei Mountain 2006. J'ai écouté Nico, Bowie et les Kinks.
Les gens sont étranges. Une collègue m'a dit très pâle, une autre (Sarah, jeune photographe en stage chez Myop) a trouvé que j'avais les joues bien rouges.
Nessim devait passer avec une crêpe au Nutella, mais, malheur, il a été détourné.
J'ai appris par Anne de chez Arléa qu'il n'y aurait pas d'illustrations dans le Wilde qui sort en mars. Cela coûterait trop cher. Bien sûr on pourrait revendre Natixis pour se faire un peu d'argent et financer les projets qui me tiennent à cœur. Mais non, cela n'est pas possible (je viens de recevoir un fax des actionnaires). C'est ainsi. Il y a deux fuites chez moi et depuis que j'ai presque cassé un ascenseur avec un cintre en voulant déboucher un évier (c'est une longue histoire ; un peu dans le genre La Maison démontable de Buster Keaton -One Week-, 1920), je m'abstiens de bricoler. Donc je coupe l'arrivée d'eau la nuit et le soir en partant. Si seulement existaient des gens dont le métier consistait à s'occuper des problèmes de plomberie... Le monde est mal fait.
Demain je vais essayer de faire de belles choses ; parce que ça fait du bien, et c'est nécessaire les belles choses, petites, chétives, qu'il faudra protéger, toutes déboussolées, mais belles, oui.


Martin Page

dimanche 25 janvier 2009

épigraphe

Je l'ai écrit dans un précédent article le nom de ce blog est celui d'un roman de Graham Greene. Lui-même a tiré son titre d'un passage d'une oeuvre de Kinglake (je ne connaissais pas : historien et écrivain-voyageur du XIX° siècle, auteur d'une Invasion of the Crimea en huit volumes ; dont un des traits de caractère semble avoir été une vigoureuse détestation de Napoléon III) qu'il a placé en épigraphe. Je vous donne ici cette citation, elle me semble dire quelque chose de pertinent, pour nous aussi :

"Dans la mesure où le champ de bataille se présentait à l'oeil humain nu, il n'avait ni ensemble, ni longueur, ni largeur, ni profondeur, ni dimensions, ni forme, et n'était composé de rien, hormis d'innombrables petits cercles proportionnés à la portée visuelle dans la brume en tel ou tel endroit... Dans ces conditions, chaque groupe particulier de soldats anglais continuait à livrer sa propre petite bataille dans une heureuse et propice ignorance de la situation générale où se trouvait l'action ; que dis-je, très souvent même dans l'ignorance du fait qu'une grande bataille était en train de faire rage."

Kinglake

In so far as the battlefield presented itself to the bare eyesight of men, it had no entirely, no lenght, no breadth, no depth, no size, no shape and was made up of nothing except small numberless circlets commensurate with such ranges of vision as the mist might allow at each spot... In such conditions, each separate gathering of English soldiery went on fighting its own little battle in happy and advantageous ignorance of the general state of the action ; nay, even very often in ignorance of the fact that any great conflict was raging.


Martin Page

jeudi 22 janvier 2009

naissance d'un livre

Steve Toltz est passé prendre un thé hier (nous nous sommes rencontrés chez Laurent Sagalovitsch, l'amoureux de Vancouver). Je n'ai pas lu son premier roman, le sujet est trop sensible en ce moment. Mais on m'en dit le plus grand bien, il s'appelle Une partie du tout. Comme son bouquin sort, nous avons parlé des journalistes et de nos mésaventures avec cette drôle d'espèce. Balzac leur a consacré un petit livre très bien (et drôle): Les journalistes (Arléa Poche). En tout cas, il est très gentil et d'agréable compagnie (et Australien ; il parle très bien français). On a parlé de Peanuts, de cinéma, du Faiseur de pluie de Bellow (je vous le conseille), d'Obama, d'écrire dans les cafés, de Dürrenmatt (que je découvre grâce à Jakuta). C'était léger et bienvenu après une presque journée à me battre avec mes phrases et mes idées (hum plutôt l'absence d'idées!).
Ensuite je suis allé retrouver Armand de Saint-Sauveur, des éditions Intervalles, chez qui paraît (fin mars) Collection irraisonnée de préfaces à des livres fêtiches, le livre collectif que Thomas Reverdy et moi avons initié et porté.
Les bureaux de cette maison d'édition sont dans un endroit étonnant : boulevard Haussmann, à quelques mètres des Galeries Lafayettes (j'ai pris le ligne A du RER. Je ne vois pas l'intérêt de ce quartier -à part de ne pas permettre aux pauvres d'y habiter ; il faudrait le découper et l'échanger contre un morceau de Reijkavick -qui ressemble à un gros village de pêcheurs genre La Turballe). L'immeuble est chic, il y a des plaques de sociétés et tout ça. L'ascenseur est à la fois technologique (il parle), et old fashioned (il grince mais je crois que c'est un grincement fabriqué électroniquement -en tout cas, il est beau, il fait vieillot). Armand me reçoit, me présente à l'attachée de presse et m'offre une tisane (voilà pour ma réputation de rocker). Il me montre la quatrième de couverture. Nous en discutons, je mange deux speculoos, nous la retravaillons. Voilà une bonne chose de faite. Enfin (Thomas n'arrive toujours pas), il me montre la couverture. Elle est très bien (je voudrais dire "Elle est géniale!" mais ensuite les gens sont déçus). A la fois, informative et belle. Il y a une illustration tramée et le nom des 44 écrivains participants (je la mets sur le blog dès qu'Armand aura fait une ou deux corrections). Le livre existe, on y est et c'est émouvant (surtout que ce livre a à voir avec la lutte contre l'oubli, contre la disparition, car les livres préfacés sont quasiment tous tombés dans l'oubli). Thomas arrive, élégant, drôle, à l'aise comme toujours (il pourraît être une vraie rock star lui), mais malade. Nous parlons d'organiser la sortie, quoi faire, comment... Il devrait y avoir une soirée à la librairie "A tout lire" (avenue Daumesnil) qui nous avait ouvert ses portes pour une réunion (nous allons leur en parler) et on aimerait faire un truc festif dans une salle (je suggère Aux Sportifs Saint-Martin près de gare de l'Est, mais je crois que Thomas et Armand ont en tête des endroits plus grands et plus chics. On verra). Nous sortons célébrer le livre en buvant du whisky et du chocolat chaud. Lidell connaîtra bientôt ça, j'espère qu'elle nous tiendra informés.
La soirée s'est poursuivie par un spectacle de buto, une amie jouait dans la pièce. C'est un genre de danse exécuté par des hommes et des femmes poudrés (on dirait des zombies, apparemment l'invention récente du buto a un rapport avec les explosions atomiques au Japon), l'effet est hypnotique, un peu comme pour la Pagode à Rio. Pas mal de choses restent obscures (pourquoi certaines danseuses se sont mises poitrines nues et pas d'autres ? le string du chef des danseurs...). Tous étaient maigres et musclés, comme des cadavres dansants, et c'était en même temps érotique. Etrange. Un peu long (deux heures).
Bande-son aujourd'hui, Louis Armstrong, Bill Withers et Cartola (il faut écouter cette chanson : Preciso me encontrar). Thés : Tie Gwan Yin torréfié 2005 et brique de pu-er CNNP de Yunnan 2000.
J'ai enfin une casserole à l'atelier. Faire du riz au micro-onde était un exercice générateur de trop de catastrophes. Message de mon frère : on regarde tous Le Feu-Follet chez lui ce soir. Chouette.


Martin Page

mardi 20 janvier 2009

faire du feu avec un stylo

Les stylos c'est comme les briquets, ils ont le même destin : achetés sans grande attention, posés, prêtés, empruntés, jamais rendus, confondus. Cela va plus loin : à mon avis, ils ont la même fonction. Le briquet possède son encre comme le stylo allume sa flamme. 
Ceci pour dire que je ne trouve plus mes stylos, donc j'en emprunte sur un bureau voisin. Je n'ai pas beaucoup avancé aujourd'hui, je veux dire en nombres de pages. Je suis revenu sur le début de Traité, j'ai corrigé, ajouté, précisé, allongé certaines scènes. C'est émouvant de voir tout un petit univers naître. Pas de longues descriptions, mais des détails (je crois aux détails).
Quand la journée commence à finir vient le temps du pu-er. Je bois des oolongs le matin et après le déjeuner (aujourd'hui un Bai Yé Dan Cong 1 et un Tie Gwan Yin torréfié de 2005) ; ensuite des pu-er (aujourd'hui, c'était le réconfortant vrac n°28 1998 de la Maison des Trois Thés). Comme je ne bois plus ni vin ni alcool, les thés ont pris le relais (pour l'instant, je découvre, je n'y connais rien, mais tous ces noms m'enchantent ; ce n'est pas un hasard si j'aime les thés fermentés, oxydés, torréfiés, vieux). Leur saveur (c'est flagrant pour les pu-er) rappelle des vins rouges (allez et des whyskies) par leur complexité et leur force.
J'ai rencontré un illustrateur, il s'appelle Benoît Guillaume et il est très talentueux. On parle de faire une bd ensemble, reste à trouver l'histoire (là c'est mon rôle, et il faut qu'il soit d'accord, que ça lui plaise, pfff pas évident de se retrouver sur un même sujet). Sinon je suis toujours à la recherche d'illustrateurs pour mes livres pour enfants. Je crois que mes histoires (celles que j'ai commencé à travailler) sont trop bizarres et effrayent. Bon, c'est comme ça. J'ai vu Jakuta Alikavazovic il y a quelques jours et on s'est dit qu'on allait prendre des cours de dessin pour ne plus dépendre de potentiels dessinateurs. 
Le quartier de Saint-Michel est étonnamment calme le soir du côté de la Seine (par contre, il suffit de faire cinq mètres et c'est la foule).
Envie d'une crêpe au Nutella (la faute à Get back in the line des Kinks) et de projets collectifs. Je sais ce n'est pas la même chose. A la sortie de The Rocker, je me suis dit que je n'aimais pas la manière dont je m'habillais, que tout ça manquait de couleurs et d'excentricité. Les vêtements devraient être plus amusants. Laurent D. est doué, lui, pour ajouter de l'excentricité à un style classique. C'est la classe. Bon, moi je ressemblerais plus à Rainn Wilson dans The Rocker, mais ça me plaît (je viens d'apprendre qu'il était bahaïste, c'est drôle).
Toujours pas de cartes de voeux de mes autres médecins. Berlin Express de Tourneur passe à l'Action Christine. J'aime beaucoup ce film. Il faudrait que j'y aille avec quelqu'un qui ne l'a pas vu. C'est merveilleux de redécouvrir un film avec quelqu'un qui ne l'a pas vu. C'est presque comme une nouvelle première fois. 
Il y a deux poubelles entourant mon bureau, elles sont pleines, je vais devoir en acheter une troisième, les papiers débordent c'est vraiment le bordel. La chat de Pauline (la voisine du dessus) est venu me rendre visite. Il s'est posé sur le siège à côté du mien.
En fait pour ce soir il me faudrait un film comme The Rocker ou Step Brothers. Je vais essayer de trouver ça. J'ai abandonné le Chabon, pour l'instant. Des nouvelles de Steve Tolz. Laurent Sagalovitch fait le mystérieux à propos du dernier Lehane (qu'il a lu et pas moi, le livre n'est pas encore sorti, enfin je crois, mais comme sa compagne est libraire, il a souvent des SP le veinard). Je suis sûr que ça va être super.
Je culpabilise de laisser mes personnages dans mon roman en construction. Là c'est une scène dans la cour de récréation. Il y a déjà pas mal de truc bizarres dans cette histoire (qui partait pourtant d'une situation simple et classique, enfin presque), et je ressens cela comme chaleureux comme si l'étrange (un certain étrange) était accueillant et protecteur.


Martin Page

lundi 19 janvier 2009

une journée déroulée

Parfois on a envie de renverser son bureau (c'est ce que me disait Aude Picault, et je suis d'accord), parce que se mettre à travailler c'est douloureux, travailler c'est douloureux (mais ne pas travailler est encore plus douloureux -je ne sais plus de qui est cette formule). Et puis, alors que l'on peine sur une simple phrase, petite mais qui provoque un embouteillage, tout d'un coup tout va bien, la tempête est passée, les choses s'ordonnent, une aimantation se produit et la pointe du stylo ou le curseur de l'ordinateur attire idées et images. Le travail (en tout cas, le mien) est une chose merveilleuse qui me sauve à chaque instant, même quand ça me désespère. Je soupçonne cette récurrente douleur à me mettre au travail comme étant un masque de la paresse. Je ne sais pas.
Le livre pour l'Ecole des Loisirs avance (le personnage principal, un collégien, a trois amis maintenant) et je me remets à mon nouveau roman pour l'Olivier (qui devrait sortir en janvier 2010). J'ai rendu ce matin la dernière version de la préface à un essai peu connu de Wilde qui va sortir au printemps. C'est un peu rageant, j'ai passé une semaine à écrire une préface de trois pages. En fait, ça doit être ma vitesse. Dans le volume, il y aura un court inédit de Hofmanstahl sur Wilde (génial). Et la traduction est de Diane Meur (il faut lire les livres traduits par Diane - également écrivaine - ils sont passionnants, il y a par exemple Le Livre de la mémoire de Carruthers, que je n'ai toujours pas terminé).
Il n'y avait personne à l'atelier aujourd'hui, alors j'ai pu déambuler et m'asseoir dans différents fauteuils pour boire du thé, écouter la musique fort, regarder la Seine de toutes les fenêtres, lire (on m'a offert L'Ethique à Nicomaque et j'avance doucement, je ne comprends pas grand chose et je ne retiens rien). Je n'accroche pas au nouveau Chabon, ça me rend triste. J'aime tellement ses précédents romans.
Une péniche passe et illumine l'atelier. La lumière se glisse à travers les volets (pourtant ouverts, mais la lumière est persévérante -tiens ça me donne envie de lire le Temps des Cathédrales de Duby et tout le truc sur la théologie de la lumière).
Mon dentiste m'a envoyé une carte de voeux, il faut que je lui réponde. Il est très gentil. Ma psy ne m'a pas envoyé de carte de voeux, et c'est normal (n'est-ce-pas?). Que font mes autres médecins ?


Martin Page

ou une promenade

C'est un champ de bataille (tout), mais parfois les choses se passent bien, alors c'est une promenade. Le titre du blog est pris au livre du même nom de Graham Greene. Pas d'articles ici, juste un carnet de notes. Pour commencer la journée, première infusion d'un Dong Ding torréfié (récolté le 21 avril 2008). Je poursuis l'écriture de Traité sur les miroirs pour faire apparaître les dragons, un livre pour l'Ecole des Loisirs (collection Medium) dans lequel il n'y aura ni miroirs, ni dragons. Enfin si, d'une certaine manière.


Martin Page

dimanche 18 janvier 2009

here's my advice

Herman Blume (joué par Bill Muray dans Rushmore de Wes Anderson ; il s'adresse aux élèves de l'académie/école très huppée de Rushmore, il en est un des bienfaiteurs) : 
"You guys have it real easy. I never had it like this where I grew up. But I send my kids here because the fact is you go to one of the best schools in the country: Rushmore. Now, for some of you it doesn't matter. You were born rich and you’re going to stay rich. But here's my advice to the rest of you: Take dead aim on the rich boys. Get them in the crosshairs and take them down. Just remember, they can buy anything but they can't buy backbone. Don't let them forget it. Thank you."


Martin Page